Festival #13

Soleils numériques

La programmation se décline en plusieurs champs de recherche : symbolisme du Soleil, cosmologie, photographie numérique, amplification de la lumière, mondes virtuels, technologie photovoltaïque, photosynthèse et bio-art, architecture et physiologie de la lumière, etc. De multiples représentations artistiques du Soleil comme point nodal de notre relation au monde !

Depuis l’Antiquité les philosophes s’interrogent sur le rapport physiologique et optique que l’on entretient avec la lumière pour rendre visible le monde qui nous entoure. Mais quels sont aujourd’hui les rapports entre les environnements technologiques numériques et la lumière solaire naturelle ? Une installation interactive de Marie-Julie Bourgeois à la Médiathèque nous permettra d’appréhender la représentation du Soleil dans l’univers du jeu vidéo. L’artiste marseillaise Luce Moreau nous questionnera elle sur les limites des systèmes de captation numérique en regard de la puissance de l’énergie solaire.

L’héliocentrisme est la théorie physique qui a chassé le dogme médiéval du géocentrisme. Avec les travaux de Copernic, Kepler et Galilée ce n’est plus la Terre qui est au centre de notre monde mais bien le Soleil. Les installations Constance (projection laser monumentale), Volta de Luce Moreau et Héliocentric de Semiconductor nous donneront à sentir cette perception héliocentrique, des lectures poétiques d’un Soleil point fixe et d’une planète en rotation.

1913 est l’année de la première proposition en Égypte de centrale d’énergie solaire et 1914 voit apparaître la production des premières cellules photovoltaïques pour les posemètres de la photographie même s’il faudra tout de même 40 ans pour qu’en 1954 elles deviennent viables pour la production d’électricité. L’installation N°1 Sun Engine des artistes suisses Christina Hemauer et Roman Keller nous racontera l’histoire d’une direction qui aurait pu être prise bien plus tôt.

Plus récemment, de nombreux penseurs questionnent la disparition progressive de la notion de nuit et l’existence d’un second jour artificiel lié à une activité humaine toujours plus intense : à l’image d’Internet, notre monde globalisé s’affranchit des fuseaux horaires et de la course du soleil. Les architectes climatiques du studio Fabric|ch imaginent pour le Pavillon de l’architecture, une transcription lumineuse de l’activité qui anime nos réseaux de communication.

Aujourd’hui, dans le champ de la biologie on recense de multiples expériences de manipulations génétiques du vivant, visant à « améliorer » l’homme de demain. Alors que la photosynthèse et l’autotrophie, la capacité qu’ont certains organismes à ne vivre que d’eau et de lumière, inspirent un devenir-végétal à l’humanité, des artistes questionnent de manière critique les techno-sciences de la vie. Au croisement des arts technologiques et de la biologie, les slovènes Špela Petrič et Robertina Šebjanič, proposent un dialogue entre art, éthique du vivant et métaphysique autour d’une installation et de rencontres.

Si la lumière du Soleil est le fil rouge de l’édition 2013 du festival accès(s), comment la contextualiser dans une ambiance nocturne ? L’installation Surmonde prismatique déclinera pendant 3 jours une réflexion sur la fantasmagorie comme origine du spectacle multimédia total, sur l’art cinétique, le prisme et l’amplification laser de la lumière. Elle ouvrira au public une jungle brumeuse, cristalline et spectrale, une porte vers le surmonde parallèle de l’étrangeté végétale et solaire autour de projections, de performances et de concerts d’inspiration cosmique et chamanique.

Enfin, si accès(s) tente cette année la conquête du Soleil, c’est aussi car 2013 marque le centenaire de la première performance transmédia de l’histoire. Intitulé Victoire sur le Soleil, ce spectacle futuriste Russe associant peinture, poésie et musique nous donnera l’occasion d’opérer une relecture de 100 ans d’expérimentations transmédia.

— Ewen Chardronnet, en collaboration avec Nicolas Maigret et Bertrand Grimault

Ewen Chardronnet a participé à de nombreuses initiatives artistiques (musique, performances, films, fanzines, installations, résidences, production, expositions collectives) et est intervenu comme essayiste dans de nombreuses publications. Il a dirigé en 2001 le livre Quitter la Gravité, l’anthologie française de l’Association des Astronautes Autonomes et a reçu en 2003 le Prix Leonardo Nouveaux Horizons pour ses contributions aux initiatives Acoustic Space Lab et Makrolab. Ewen Chardronnet a travaillé sur l’écologie spectrale et les ondes électromagnétiques (avec le Spectral Investigations Collective), comme sur le medium radio en général (avec les projets Sémaphore, Sonores ou en collaboration avec Loreto Martinez Troncoso). Il collabore régulièrement avec le Collectif Soopa (Porto) sur des performances, concerts et projets d’édition. Il est co-fondateur avec le collectif Bureau d’études du journal la Planète Laboratoire de critique des sciences et techniques. Il travaille également régulièrement avec le World-Information Institute (Vienne, Autriche) et est membre honoraire du comité de pilotage du Ksevt, le centre culturel des technologies spatiales européennes (Vitanje, Slovénie).

Nicolas Maigret développe une pratique expérimentale du son et des images électroniques (live, installations, programmation, radio)  depuis 2001. Après avoir étudié les arts intermédia à Besançon, marqué par un enseignement théorique sur les avant-gardes, il intègre le laboratoire Locus-Sonus à Nice où il explore le domaine de la création sonore en réseau. Il a enseigné à l’École des Beaux-arts de Bordeaux et est actuellement impliqué dans le projet Plateforme, un « artist run space » basé à Paris. En parallèle, il développe des projets sonores et numériques en solo et avec Nicolas Montgermont sous le nom d’Art of Failure. Il expérimente les techniques de notre époque et leur capacité à auto-générer des formes esthétiques, des langages sonores ou visuels et des comportements spécifiques. Chacune de ses pièces est à la fois un micro-laboratoire et un point de vue sur l’outil technologique et son influence sur notre manière de penser et de créer.

Bertrand Grimault est directeur de Monoquini, une structure culturelle basée à Bordeaux et vouée à la diffusion des arts sonores et visuels, aux interstices entre le cinéma expérimental, l’art vidéo, le film d’artiste, le documentaire et la création numérique contemporaine. Dans la continuité des actions menées de 1996 à 2003 en Aquitaine par Les chercheurs d’ombres, Monoquini organise des événements dans le domaine de l’image en mouvement et de la création audiovisuelle contemporaine (projections, expositions, installations, performances) en collaboration avec le tissu associatif et institutionnel régional. L’approche artistique se veut contextuelle et transdisciplinaire, avec la volonté d’envisager le cinéma dans sa dimension élargie, intégrant le champ du social et du politique, repensé comme un art de et dans l’espace (l’espace de la ville, de la mémoire, du corps, du désir, pour citer l’historienne Giuliana Bruno). Près de 20 ans de recherche, de découverte et de partage avec le public de films rares, d’auteurs méconnus ou oubliés, d’œuvres singulières ou influentes, ont établi au sein de l’association Monoquini une capacité d’expertise de documents cinématographiques de sources et de genres très divers.