Festival #15

Vu du ciel

«  À partir de la fin du 18è siècle, le phénomène du vol humain a entraîné de profondes transformations dans l’imaginaire culturel. Il a changé la façon de voir les environnements dans lesquels nous vivons et a constitué l’un des principaux vecteurs de l’expansion moderne de la mobilité, conduisant à la construction d’un espace global visuellement complet, qu’il est désormais possible de parcourir tout entier, grâce aux technologies numériques contemporaines. L’aérien, avec tous les bouleversements qu’il a engendrés et les conquêtes qu’il a permises, est devenu un élément central de l’imaginaire moderne, et l’on pourrait même aller jusqu’à dire qu’il en a émergé comme la forme visuelle emblématique ; Laszlo Moholy-Nagy déclarait dans sa publication-phare (1946) The New Vision : « le plus essentiel pour nous est la vue d’avion, l’expérience totale de l’espace ».

Mark Dorrian et Frédéric Poussin in Vues aériennes, 2013 Ed MetisPresses

Le désir de voler fascine depuis la nuit des temps, du légendaire tapis magique aux machines volantes pensées par Léonard de Vinci, des premiers vols humains à notre conquête totale de l’air, le vol d’Icare est devenu réalité. Nous parcourons le monde, nous le regardons vu du ciel depuis plus d’un siècle à bords de nos avions, avec autant d’émotions et de surprises que chaque vol nous procure. Et depuis une décennie, nous dévalons la terre entière d’une carte à une autre via Google Maps et Google Earth. Percevant de l’oeil numérique de nos écrans, nous regardons le monde différemment. Aujourd’hui plus que jamais, les drones envahissent notre espace aérien, ces nouvelles caméras volantes pilotées à distance, capables de parcourir des kilomètres, de revenir seules au point de décollage et de regarder ou encore de rêver à notre place.

À cet imaginaire résolument moderne, à cette emprise de l’histoire des techniques aériennes, nombre d’artistes se sont laissés emporter au gré des vents et des instruments. Les machines volantes, les drones, dotés de caméras dociles, blindés d’électronique, offerts aux techniques de transmission et livrés aux puissantes technologies numériques ouvriront-ils de nouvelles voies pour la création ? Comment les artistes inventent-ils un autre regard sur notre terre depuis le ciel de nos légères machines bourdonnantes ? Pouvons-nous espérer une culture technique, une pensée technologie, qui inverserait à nouveau notre regard ? Avons-nous encore quelques brèves années avant de nous soumettre aux drones made in Google, Apple, Bill et les autres ? Sommes-nous prêts à percevoir depuis ce nouvel oeil à distance dont il nous faut apprivoiser l’histoire militaire et les milliers de morts civils sur des champs de bataille distants de milliers de kilomètres des centres de pilotage sécurisé ?

L’édition 2015 du Festival accès)s( invite les artistes à expérimenter cette vue du ciel, à réinventer pour nous les formes artistiques d’un des plus vieux rêves de l’homme, là, sur notre territoire dont l’histoire aéronautique est emblématique. Cette nouvelle édition est dédiée à l’imaginaire aérien et à ses machines auxquelles nous nous attachons le temps d’une exposition et de son festival.

Agnès de Cayeux, commissaire invitée