Festival #16

Frontières et projections

Considérant que, a contrario de la célébre phrase de Yves Lacoste, déclarant que « la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », dessiner ce qui se joue à la surface de la Terre est avant tout un geste poétique,

considérant que la carte, même si elle « n’est pas le territoire », peut agir sur le territoire, le réinventer, le reformuler à l’aune de considérations politiques, poétiques et prospectives,

considérant que les frontières sont des espaces de frictions et de rencontres, sans cesse en mutation, et pas seulement des lignes de fracture et d’affrontements, mais qu’elles sont ainsi les coutures qui font se tenir ensemble la trame du monde,

considérant que les artistes et chercheurs vont à l’encontre des usages militaires, des logiques de contrôle et de détermination des territoires et des récits nationaux élaborés par les différents pôles de pouvoir qui visent l’hégémonie et l’impérialisme,

l’édition 2016 du Festival accès)s( présentera des oeuvres et des pratiques qui se font cartes des différents états et logiques du monde contemporain. Elles proposent des projections alternatives et questionnent les frontières géographiques, sociales, technologiques, pour imaginer un Atlas ouvert, critique et poétique, ainsi que de nouveaux rapports à notre oecoumène*. La notion de « frontière » est donc envisagée comme un point de départ, afin d’en proposer des dépassements possibles, des extensions, des projections vers autre chose que la simple idée de séparation ou de barrière. Elle est explorée comme un espace de possibles, générant de nouvelles potentialités de réflexion.

Nombreux sont les artistes qui se sont emparés de la cartographie à la fois comme moyen de création, d’intervention ou de compréhension des sociétés et des territoires. Cette relation à la carte a été profondément renouvelée avec le développement des technologies numériques et des réseaux qui en ont transformé les enjeux esthétiques, politiques et scientifiques. Ces nouvelles façons de représenter et d’agencer l’espace génèrent de nouvelles spatialités, de nouveaux usages politiques et critiques et invitent à questionner notre façon d’être au monde comme nos moyens d’action.

A la fois témoins du présent et visionnaires des enjeux futurs, les artistes inventent des représentations alternatives du monde, à savoir des projections, telles des images poétiques, fictionnelles, spéculatives, mais aussi des gestes géométriques, scientifiques, qui proposent d’autres circulations du savoir et du sens. Comment ces documents esthétiques que sont les cartographies repoussent-elles les frontières de la visualité et de la lisibilité des espaces du Monde ? Comment redéfinissent-elles les notions d’image, de frontière et de territoire ?

Grâce à ces artistes et chercheurs qui font bouger les lignes de démarcations et les catégories artistiques, en travaillant à l’intersection de l’art numérique, des arts visuels et sonores, de la poésie, de la géographie, du documentaire et de la prospective, et qui renouvellent les relations entre art et science, entre théorie et pratique, nous vous invitons à des explorations qui tracent de nouvelles cartographies à travers l’espace et le temps.

Hortense Gauthier et Philippe Boisnard
Artistes-commissaires invités

* Partie habitable de la surface terrestre