Festival #15

Vu du ciel

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Accueillis en résidence du 5 au 12 avril 2015 à bord des avions de l’aéro-club du Béarn (Pau), Dorothée Smith (réalisatrice, photographe et plasticienne), Dinah Bird & Jean-Philippe Renoult (artistes sonores), réinventent pour nous les formes artistiques d’un des plus vieux rêves de l’homme, là, sur notre territoire dont l’histoire aéronautique est emblématique.

Dinah Bird et Jean-Philippe Renoult accompagnent de jeunes pilotes dans leurs expériences de vols, pour entrer dans le monde sonore de cette culture aérienne, afin de composer l’univers sonore et musical de l’exposition et de créer des pièces sonores qui seront la matière d’un DJ MIX aérial pendant le festival.

Leur travail de phonographie consiste à collecter des sons d’ambiance dans le hangar aéroportuaire et à bord des avions en utilisant différentes sources sonores. En effet, le son naturel ambiant (habitacle de l’avion…) est enregistré à l’aide d’un microphone contact qui s’utilise à la manière d’un stéthoscope, les sons dits de terre (sons du hangar, sons de décollage et d’atterrissage depuis le sol…) sont collectés avec un microphone stéréo qui enregistre des sons types grand angle, comme le hangar tout entier ou avec un micro canon qui prend le son à terre en ciblant des sons lointains, comme le son d’oiseaux. Certaines prises de son sont actives, c’est-à-dire qu’il s’agit de frotter une hélice, de jouer du tambour sur un bidon… Enfin, la radio (dialogues entre la tour de contrôle et le pilote…) est aussi une matière importante.

Une demi-journée est consacrée à la prise de son depuis la tour de contrôle ainsi que depuis le tarmac, le but de cette collecte étant d’obtenir des sons de niveaux différents.

Concernant la thématique de la 15ème édition du festival accès)s( Vu du ciel, Jean-Philippe Renoult confirme « Nos micros sont nos yeux et notre travail sonore est du Transmission Art », leurs sons émettent et reçoivent car ils sont retransmis dans leur contexte environnant.

Pour la scénographie sonore de l’exposition, c’est l’idée du bourdon qui sera au travail ; une bande son qui résonnera de salle en salle. Ils réaliseront aussi des compositions sonores à partir de cette matière collectée pour des pièces spécifiques présentées lors de l’exposition (courts métrages, installations interactives) et diffusées sur des enceintes directionnelles qui produiront des effets psycho-acoustiques sur le visiteur-auditeur. Enfin, ces matières sonores seront modifiées et enrichies à l’occasion d’un DJ Set qu’ils créeront dans l’esprit des fêtes aériennes développées à Pau à l’époque des frères Wright.

Quand à Dorothée Smith, elle filme le jeune danseur Matthieu Barbin, interprète pour le chorégraphe Boris Charmatz, à bord d’un avion de l’aéro-club, en vol de nuit à la fois en tant que passager et pilote.

Elle a aussi pris des vols en journée seule, afin de capter des images de Pau et la région vues du ciel : un des vols l’a amené jusqu’à Mimizan. Par ailleurs, elle a réalisé des images avec un drone, l’idée étant d’associer images prises d’avions, de drones ainsi qu’images spatiales et images médicales de précision, à terme dans le film final. En effet, elle présentera dans l’exposition la pièce TRAUM : une étape de travail d’un film à venir, composée d’un court métrage (intégrant les images prises à Pau), des photographies du tournage, et des éléments d’archive et de documentation.

Dorothée Smith est une artiste transdisciplinaire, née en 1985 à Paris où elle vit et travaille. Ses propositions de films et d’installations s’inscrivent au cœur d’une ère où les technologies de contrôle et de communication sont devenues injectées, implantées, invasives. Les concepts de visible et d’invisible, de présence et d’absence, d’incorporation et de transition y occupent une place privilégiée : transition d’une identité, d’un état, d’un espace vers un autre… il s’agit toujours de brouiller des frontières intérieures et d’actualiser plastiquement ce trouble. « L’un des enjeux esthétiques de mon travail filmé est de proposer un “télescopage” différents registres d’images et différentes techniques de captation liées au dévoilement de l’invisible ou, plus exactement, à l’élaboration d’un autre point de vue : drones, microscopes, télescopes, caméras infrarouges, images d’archives… autant de registres d’images et de techniques de captation qui introduisent un regard autre. (…) En s’éloignant de la vision humaine naturelle, et en se rapprochant de celle de l’oiseau ou de l’insecte, le drone-caméra nous invite à réinterroger sur la position du spectateur nourri par les images qu’il produit, notamment à travers la systématisation de la vue très haute en plongée verticale, extra-diégétique, la plus souvent utilisée à ce jour. Le spectateur y est conforté dans une vision privilégiée, divine, absolue. Il y a aussi bien-sûr une actualisation du fantasme du vol, de l’apesanteur, de la lévitation… »