Veneri
Manuela Agnesini

Installation post-chorégraphique

8 Déc. 2007
18:00 ↦ 19:00
Entrée libre

Musée des Beaux-Arts de Pau

Rue Mathieu Lalanne, 64000 Pau

L’espace est peuplé par sept écrans. Sur chaque vidéo se déroule une image différente, réactivation par un corps féminin contemporain – déclinaison du même – d’un tableau représentant Vénus. Un texte d’Hippocrate défile. Une femme est là, immergée dans une baignoire remplie de mousse qu’un système de tuyaux d’air fait bouger. À son côté, un micro. De temps à autre, à son rythme, elle convoque ses souvenirs de naissance.

Veneri questionne librement le patrimoine iconographique lié à l’image de Vénus pour en choisir un matériau pré-texte mis en mouvement grâce à la réécriture vidéo d’une série de tableaux choisis parmi la multitude existant sur ce sujet, et interroger le mythe à sa source – la naissance d’Aphrodite/Vénus – pour l’amener dans l’espace du présent en tant que « venue au monde », acte fondateur pour chacun de nous.
Les sept oeuvres sélectionnées sont de Giorgione, Carracci, Titien, Poussin, Vélasquez, Zoffany, Cabanel. Peu importe que le spectateur puisse les reconnaître précisément, l’icône Vénus, faisant appel à un certain imaginaire collectif du féminin, est opérante au-delà de sa dénomination spécifique et particulière.
Le tableau est utilisé comme référent symbolique et pas seulement iconographique, la reconstitution n’est pas à l’œuvre ici, tout au contraire. Seule, la position du corps est fidèle mais morcelée et montrée par partie, synecdoque qui court d’écran en écran au travers du même corps comme autant de variations possibles des positions de Vénus.

Dans la transcription vidéo des «décors» qui entourent le corps de la déesse dans les tableaux de référence, les éléments d’origine deviennent autant de points de fuite pour la création d’espaces contemporains, à la fois poétiques et contradictoires.
Le traitement vidéo par couches de superposition de ces éléments – corps morcelé et paysage – est un choix affirmé d’une écriture formelle qui ouvre le tableau pour plonger dans les archè de l’éternel féminin. Les sept vidéos, chacune d’une durée qui lui est propre, projetées en boucle sur sept écrans, induisent un jeu de miroir multiple, et plongent le spectateur dans un paysage mouvant et hypnotique, où les figures de son imagerie se composent et se heurtent au gré du défilement des vidéos.

L’espace sonore est composé par un texte d’Hippocrate, Des chairs, exposé cosmologique sur la naissance du monde et la formation du corps. Le spectateur est amené à voyager entre la narration du dehors – représentation du corps, surface de la peau – et le récit du dedans – transformation de la matière, organisation des liquides et solides en organes, viscères, os…

Ce dispositif visuel et sonore est habité par une femme dans une baignoire. Plusieurs signes composent sa présence : la baignoire d’abord, objet féminin, matrice évidemment, icône chère aux artistes (femmes) du XX siècle. L’eau, élément primordial, origine nourricière de la vie. La mousse – l’écume dans la légende rapportée par Hésiode. Ce lieu-baignoire devient le réceptacle métaphorique de la naissance où la mémoire du mythe advient en temps réel : la fable de Vénus est remplacée par l’actualité du récit (auto)biographique, le jeu de miroir entre l’artiste et le public continue.

Conception, voix et présence : Manuela Agnesini
Images, son : Manuela Agnesini, Christophe Bergon
Textes : Hippocrate, Des chairs / Manuela Agnesini, Naître
Ecrans : Christophe Bergon, Roger Tornambé

Production lato sensu museum
Co-production CDC centre de développement chorégraphique, Toulouse, Midi-Pyrénées / ADDA du Tarn / Cimaise et portique, centre départementale d’art contemporain, Albi
Remerciements Théâtre Garonne, Toulouse / Musée de Beaux Arts, Pau / ESAC, Pau / Enrico Clarelli
création 2005, La Monestarié, hors les murs du Centre d’art le LAIT, Albi