Machines utopiques

1 15 Oct. 2018
14:00 ↦ 18:00

Le Lieu Multiple présente l’exposition « Machines utopiques » co-produite avec accès)s( dans le cadre de la 17e édition de son festival, placé sous le commissariat de Christian Delécluse. Présentée à la Médiathèque André Labarrère de Pau en octobre 2017, cette exposition a bénéficié du soutien de la Gaîté Lyrique, du Bel Ordinaire et de Crossed Lab (Lyon).

Nées de l’imaginaire de jeunes artistes et designers, ces machines utopiques questionnent les rapports affectifs et cognitifs que l’être humain entretient (ou pourrait entretenir dans le futur) avec son environnement technologique. Des œuvres manifestes – tantôt sophistiquées, tantôt low-tech, intégrées dans la vie de tous les jours ou purs objets de désir – qui proposent autant de visions personnelles du processus de coévolution qui nous unit aux machines

vernissage le 3 octobre à 18h30

Lieu Multiple

Lieu multiple / Espace Mendès France
1, place de la Cathédrale
86038 Poitiers

Loading
Marie RousseauFR

A l’heure de l’omniprésence algorithmique, l’homme s’approprie sans complexe les nouveaux objets technologiques. Une fraction de seconde suffit pour échanger avec ces dispositifs de manière « naturellement automatique ». Ludiques et intuitifs, ils gardent pourtant en profondeur leur essence, tout un système jamais totalement dévoilé. Il s’agit alors pour l’homme de définir les caractéristiques de notre époque, de sa technologie et notre capacité à absorber et à suivre les flux vertigineux des images, des sons, des e-mails, etc. Structure gazeuse, l’outil numérique s’est imposé comme une puissance coopérative qui extrapole notre perception de l’espace, de la durée et influence le langage.

Dans la même lignée des making-off de film, Loading est une réflexion sur « l’envers du décor » de la machine. Une proposition de réappropriation des principes numériques en traduction mécanique. Inspirée de l’univers cyberpunk, Loading est une machine à attendre. Métaphore de l’ordinateur, cette machine utopique souhaite révéler les systèmes invisibles de la boite noire dont le fonctionnement et la vitesse de calcul nous échappe.

Confiez leur vos désirs
Laura HaieFR

Premier né d’une série de robots effectuant des gestes « inutiles mais sources de plaisir », ce robot invite le public à lui offrir un sucre pour « se faire un canard de café ». 

Faire un canard de café, c’est créer une sucrerie, un met. On l’offrait à ses enfants pour les récompenser, ou bien imbibé d’alcool, il soignerait les maux de gorge et de transport. C’est un geste de plaisir, de patience, de délectation avant la dégustation du sucre imbibé, puis du café. Un moment presque intime....

À l’opposé du rôle traditionnel donné aux robots, les humains peuvent donc confier au robot de Laura Haie des gestes inutiles leur donnant satisfaction. La machine devient donc un objet réalisant des désirs, du moins en théorie. Car, à la vision de ce geste, l’homme sera t-il réellement satisfait ? Et si le robot s’approprie nos plaisirs, ressent-il pour autant de la satisfaction en effectuant ces petits gestes inutiles? Quel relation pouvons nous dès lors entretenir avec cette machine absurde ? 

Oeuvre produite avec le soutien de Crossed Lab (Lyon).

L’assemblée des objets
Julie BrugierFR, Filipe PaisPT, Olivain PorryFR

Chaque jour, quelques milliers d’objets sont laissés à l’abandon dans les rues de nos villes. Certains objets s’arrêtent brutalement après des années de dur labeur, d’autres sont victime de la mode, et de nouvelles versions plus performantes viennent chaque jour les remplacer. Dans l’époque Post-Trump que nous traversons, le monde apparaît confus et l’attention accordée à la crise écologique est lentement balayée sous les tapis des programmes politiques. C’est dans ce décor dystopique que les déchets urbains unissent leurs forces afin de protester contre l’apathie humaine. Cette idée de «manifestation des objets» résonne avec celle de «Parlement des Choses» de Bruno Latour, pour qui les entités non humaines doivent être prises en compte dans les négociations politiques. En ce sens, les objets rejetés se voient, par ce projet, rassemblés dans une grande manifestation publique : ampoules, imprimantes, caméras de surveillance, et réfrigérateurs sont invités à venir interpréter des chorégraphies, pour une manifestation globale des objets.

Ainsi, l’Assemblée des Objets est la mise en scène d’un groupe d’objets activistes en parade dans un espace d’exposition. Cette assemblée est constituée de plusieurs groupes d’objets, qui s’expriment au travers de chorégraphies, d’actions, de bruits, ou encore d’intéractions. Les objets échangent entre eux ou s’affirment seuls. Certains sont « hackés », augmentés pour devenir des entités autonomes, totalement émancipées du monde humain. Les plus abîmés s’entre-aident, se soutiennent, s’épaulent, et les différentes chorégraphies s’unissent dans un vacarme déroutant. Le lowtech est le langage choisi des objets activistes, construisant ainsi une esthétique du déchet et de la frugalité.

Filipe Pais, Julie Brugier et Olivain Porry se sont rencontrés dans le cadre du programme Reflective Interaction à l’Ensadlab (le laboratoire de recherche de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris). Ils travaillent ensemble dans l’axe de recherche Behavioral Objects qui interroge la notion de comportement et se focalise sur la conception et la création d’objets à comportements. Aujourd’hui ils participent au développement du MisB Kit, un kit open-source de robotique modulaire adressé aux artistes et designers, qui permet la création d’objets à comportement.

Symbiotes
Collectif AAIOFR

Les symbiotes sont des objets bavards. Ils forment une colonie sonore qui investit différents espaces de circulation de la médiathèque. En entrant en symbiose avec le lieu, ils aspirent ses mouvements et les métabolisent en chants qui dialoguent avec le paysage sonore quotidien, rendant ainsi ses particularités plus audibles.

Chaque symbiote est doté de sa propre voix, de son propre cri. Regroupés en colonie, ils produisent une biophonie qui s’insère dans les interstices sonores disponibles. Le terme biophonie, développé par l’audio-naturaliste et artiste sonore Bernie Krause, désigne l’ensemble des sons émis par la population animale dans un milieu. Chaque espèce développant une stratégie évolutive pour se faire entendre parmi le concert animal, il en résulte un paysage sonore riche, auto-orchestré, où chacun occupe une niche sonore spécifique.

Par leur comportement autonome, insouciant du bien-être humain, les symbiotes sont leur pendant semi-sauvages. Objets simples, bavards, propices aux anthropomorphismes, ils se situent approximativement entre la caisse enregistreuse, le véhicule de Braitenberg, l’insecte et le bernard-l’ermite.

Scannant en permanence leur environnement immédiat, ils ingèrent les mouvements du lieu dans lequel ils vivent (vibrations acoustiques, mouvements dans l’espace...). Lorsque ils en sont remplis, ils rejettent cette énergie sous forme sonore. Il en résulte une impression de dialogue, presque d’empathie, avec nos propres productions de bruits.

Si les symbiotes s’entendent, il est difficile de les apercevoir : ils se camouflent dans les zones d’ombre. Ils acquièrent leur physicalité, leur intentionnalité, leur vie, par le son qu’ils émettent. On peut entrevoir, quelquefois, la queue d’un symbiote qu’il laisse sortir de son abri pour sonder son environnement.

Autres projets
​Alexandra BrillantFR, In DialogGB, Raphaël IsdantFR, Adam NowakFR, Kevin PrimicerioFR

Aux côtés des œuvres réalisées en résidence au Bel Ordinaire seront exposés des projets à l’état de concept. 

Kevin Primicerio & Adam Novak
Miega

Miega est un appareil de transformation des ondes cérébrales en ondes sonores, audibles uniquement par le porteur de l’appareil, mais lorsque deux porteurs entrent sous un halo de lumière en même temps, ils entendent la musique créée par le cerveau de l’autre porteur. Ils ont alors la possibilité d’entrer en contact avec une barre métallique les séparant, ce qui fait fusionner leurs musiques cérébrales pour n’en créer qu’une. Une recherche sur la signature sonore d’un individu.

Raphaël Isdant & Alexandra Billant
Trespascan
Un dispositif interactif tragi-comique inspiré d’une machine du quotidien, la caisse enregistreuse. Scanné comme un simple article, l’humain se convertit en un ticket de caisse correspondant à la quantité d’objets et de nourriture pouvant résulter de l’exploitation de son corps.

Collectif In Dialog
*A dialog**between man and machines in the age of articifial Intelligence*

Une rencontre sentimentale entre une intelligence artificielle empathique et le visiteur. Se nourrissant d’interactions avec l’humain, la machine offre une matérialisation visuelle du dialogue homme/machine et créée un catalogue d’images et de symboles propre à l’activité cérébrale de chaque visiteur.

L’exposition s’accompagne de captations vidéo des conférences présentées à la Gaîté Lyrique, où artistes, historiens de l’art, chercheurs en robotique et en intelligences artificielles évoquent les enjeux de société liés au devenir des machines.

(Re) voir les conférences à la Gaîté Lyrique